Collections de l'Époque moderne

De Collection Bul.

Collections de l'Époque moderne

Présentation des fonds et corpus de la Direction de la documentation et de l'édition
- Bibliothèque universitaire de lettres et de sciences humaines
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Fonds spécifiques DDE
Droit Corpus juridique
Droit Fonds Burnouf
Lettres et Droit Fonds Paul Meyer
Lettres Fonds Taveneaux
Lettres Collections de l'Époque moderne
Lettres Fonds de la Sarre
Lettres Fonds Jeanne d'Arc
Lettres Fonds Decaux
Lettres Fonds Lajarrige
Lettres Fonds Rosambert

Les collections de l'Époque moderne désignent les livres "anciens" (en bibliothéconomie les livres édités avant 1810) de la Bibliothèque universitaire de lettres et de sciences humaines (Direction de la documentation et de l'édition de l'Université de Lorraine) qui n'appartiennent à aucun ensemble spécifique. La dénomination « collections » renvoie donc à l'hétérogénéité de cet ensemble, en opposition à "fonds" qui indiquerait plutôt une cohérence tels que les fonds Paul Meyer ou Taveneaux ; "Époque moderne" nous rappelle ici le contexte historique d'édition de ces ouvrages.

  • Accéder au fonds de l'Epoque moderne [1]

Rappel historiographique

Traditionnellement, et en simplifiant, l'histoire en France est divisée en quatre grandes périodes distinctes : l'Antiquité / le Moyen Âge / l'Époque moderne / l'Époque contemporaine. Ce découpage dépend beaucoup des histoires nationales, en témoigne la fin de l'Époque moderne qui coïncide avec la Révolution française alors que les Américains font débuter l'Époque contemporaine en 1776. La dénomination Époque moderne utilisée ici peut étonner dans la mesure où il ne s'agit pas de livres récents, mais elle témoigne de la construction des conventions historiographiques. Effectivement l'adjectif « moderne » convenait au XIXe siècle, date de son « admission » alors que l'histoire postérieure à la Révolution française n'était pas réellement étudiée ; l'appellation a été gardée depuis. Ici nous raisonnerons en termes de siècles plutôt que par la convention de 1789 qui dans ce cas précis n'a pas beaucoup de sens, les fonds de bibliothèques étant classés comme "patrimoniaux" quand ceux-ci sont antérieurs à 1810.

Description générale

Le fonds, pour les XVIe et XVIIe siècles, contient environ 250 ouvrages (pour environ 150 titres) classés par cotes alpha-numériques. Il s'agit seulement d'une partie du fonds universitaire d'origine, celui-ci ayant été fractionné lors de la scission entre faculté de droit et faculté de lettres dans les années 1970 ; le fonds a donc été séparé par vision disciplinaire mais enrichi par dons et achats par la suite. Le plus vieil imprimé recensé date de 1481, il s'agit d'un incunable entièrement numérisé et consultable à la BU Lettres ou via internet[1]. Quant aux manuscrits, ils ne font pas partie de la sélection.

La classification alpha-numérique, couplée à l'inventaire des livres XVIe-XVIIe qui a été fait, permet de ressortir les disciplines dominantes qui composent ce fonds hétérogène, on constate ainsi la prépondérance des thématiques religieuses et littéraires. Il ne faut cependant pas omettre que le fonds est la résultante de facteurs aléatoires (dons) et d'autres plus maîtrisés (politique d'acquisition de la bibliothèque, scission), et ce, à des époques diverses ; pour aller plus loin une étude complète est nécessaire.

page de titre, ouvrage de Louis Moréri, 1692, notice Sudoc n°042887682

Une étude à faire

Les travaux de Albert Kolb, conservateur de 1929 à 1958, sur la Bibliothèque universitaire de Nancy est une première source d'informations. En effet celui-ci a fait un état des fonds de la Bibliothèque universitaire dans les années 1930, soit après l'unification de 1902 et après la guerre notamment : ceci nous donne donc une intéressante source à exploiter mais elle demeure insuffisante pour les périodes postérieures.

Pour affiner l'analyse il est possible d'avoir recours aux registres de l'université : les originaux conservés à la BU Droit, et ceux de la BU Lettres constitués pour la plupart en 1962, consécutivement au déménagement programmé.

Plusieurs problèmes peuvent se poser cependant :

  • le caractère lacunaire des registres
  • la re-cotation des années 70 en alpha-numérique : les registres contiennent en général l'ancienne cote, rarement la nouvelle

De façon complémentaire au travail sur registres, une « archéologie » des livres via les notes et les ex-libris permettrait de documenter encore la recherche, notamment en vue d'études biographiques des donateurs par exemple.

Remise en contexte

Les grands centres de l'édition

Du fait des censures religieuses et royales à l'Époque moderne et de l'anonymat pratiqué en conséquence par les éditeurs, il faut vraisemblablement revoir le nombre de livres édités à l'étranger ou dans certaines villes à la baisse ; toutefois il faut considérer que sur l'étendue du fonds la majorité n'est pas factice, certains éléments semblent l'attester :

  • le grand affaiblissement de l'imprimerie française par le pouvoir au XVIIe conjugué à la censure faisait que beaucoup de livres étaient réellement imprimés à l'étranger
  • les textes d'auteurs anciens et de façon plus générale les textes religieusement et politiquement neutres, majoritaires dans le fonds, étaient peu censurés

Quand on regarde les inventaires, plusieurs noms reviennent systématiquement : en France, Paris et Lyon, Francfort et Cologne pour l'Empire, Bâle et Genève en Confédération suisse, des villes du Nord telles Anvers, Leyde ou encore Amsterdam, et, de façon plus rare mais quand même notable, Venise. De manière plus isolée (et le plus souvent de manière unique) on retrouve Leipzig, Padoue, Londres, Hambourg.... et, en tant que seule représentante locale, Metz.

De L'Empire à l'Europe

L'imprimerie est apparue en Europe dans la vallée du Rhin moyen, à Mayence, sous l'impulsion de Gutemberg dans les années 1450, et à Strasbourg : c'est à partir de ce noyau que va se répandre l'imprimerie à travers tout le continent puis au delà. Hors d'Allemagne, les premiers imprimeurs sont des allemands émigrés pour des raisons politiques ou économiques.

Cette première phase allemande s'achève, peut-être dès la décennie 1470, avec la prédominance italienne et plus particulièrement la prédominance vénitienne ; en France, l'essentiel de la production provient des deux grands pôles que sont Paris et Lyon.

La diffusion ne se borne pas à ces régions, ainsi l'Europe du nord avec la Flandre et l'Angleterre, l'Espagne, mais également l'Europe orientale sont progressivement touchées par le mouvement à divers degrés mais d'une façon qui reste limitée ; cependant il n'existe aucun livre provenant de ces territoires dans les fonds de la BU Lettres, à l'exception de deux livres dont la mention indique qu'ils ont été édités à Londres.

L'émergence des Provinces-Unies

Les Provinces-Unies (quasiment indépendantes depuis l'union d'Utrecht en 1579) voient leur puissance atteindre son apogée au XVIIe lorsque Amsterdam succède à Venise et à Anvers comme centre économique mondial ; il s'agit d'une société basée sur le commerce, tolérante et pluri-confessionnelle.

De nombreuses maisons d'édition s'y développeront alors, la plus célèbre sera celle des Elzevier à Leyde, se distinguera par la célèbre collection des classiques en petit format (1629) : des livres aisément manipulables aux textes soignés, pour un relativement faible prix : en résumé des livres modernes.

À la fin du siècle, la révocation de l'édit de Nantes par Louis XIV (1685) entraîne un exode important de réformés du royaume de France vers la Hollande. Au XVIIIe siècle la librairie hollandaise aura à son crédit une image de liberté mais aussi de scandale, faisant ainsi son succès.

Pourquoi si peu de livres imprimés en Lorraine ?

Plusieurs pistes sont à explorer pour expliquer ce constat.

Premièrement l'imprimerie apparaît relativement tardivement en Lorraine (à Nancy en 1566, à Épinal en 1615, à Saint Mihiel en 1611... ), l'approvisionnement s'effectuait alors essentiellement chez les voisins français et impériaux. Le seul grand centre, bien que modeste, est Metz qui est la première ville lorraine à avoir eu son imprimerie (1480) ; les deux seuls livres lorrains du fonds (Meurisse, Histoire des évêques de Metz, 1634 et Fabert, Les remarques d'Abraham Fabert sur les coutumes générales du duché de Lorraine, 1657) ont d'ailleurs été édités à Metz.

Deuxièmement, la bibliothèque municipale de Nancy tend à thésauriser les imprimés spécifiquement lorrains, de plus elle détient une bonne partie des anciens livres de l'université de Pont-à-Mousson ; Albert Kolb fait d'ailleurs état de cette tendance dans son inventaire du début XXe, précisant que les fonds universitaires spécifiquement lorrains sont limités du fait de ce « magnétisme » exercé par la bibliothèque municipale.

Enfin, si l'on considère qu'une partie du fonds, même si limitée soit-elle, provient de l'ancienne université de Pont-à-Mousson, cela n’apparaît pas illogique. En effet les Jésuites, qui créèrent et prirent la direction de l’Université à la fin du XVIe, se fournissaient en textes via les collèges jésuites de Trèves, Mayence et Cologne, ce qui exclue des apports, du moins en grand nombre, spécifiquement lorrains.

Langues et contenus

Le latin est abondamment représenté, viennent ensuite le grec mais aussi l'hébreu, sans oublier les langues vernaculaires. La second constat que l'on peut faire est celui de la multiplicité des grands auteurs antiques et humanistes, enfin on peut noter l'importance du fonds religieux ainsi que certains livres plus isolés mais cependant d'intérêt.

Renaissance et Humanisme

L’Humanisme est un courant culturel européen qui s'est développé à la Renaissance. Les intellectuels de l'époque manifestent alors un vif appétit de connaissances, ayant au centre de leurs préoccupations la personne humaine.

Ce mouvement, et de façon plus large la Renaissance, renoue également avec la civilisation gréco-latine, notamment par réaction à un Moyen-Âge méprisé. Les humanistes sont passionnés par les civilisations anciennes : ils entreprennent de collecter, d'éditer et de traduire tous les textes antiques qui leur seraient connu. Cette tendance s'observe dans l'inventaire du fonds puisque l'on peut constater que de nombreux textes d'auteurs antiques (Platon, Pline le jeune, Cicéron, Suètone, Pline l'ancien, Valère Maxime....) et textes en langues anciennes ou ayant comme sujet l'Antiquité y sont présents (quasi 43% des collections portent sur la linguistique et la littérature dont les 2/3 de latin et grec).

Cette volonté de revenir aux sources concerne aussi les textes originaux de l'Église primitive : les Humanistes vont chercher à retrouver les sources en langues originelles, ainsi deux bibles en grec, hébreu et latin du XVIe des fonds de la BU Lettres en témoignent.

Comme grands noms de l'Humanisme visibles dans les collections, on peut évoquer Erasme, mais aussi Guillaume Budé, Thomas More et Machiavel pour le XVIème, Pierre Gassendi et Jacob Spon pour le XVIIe.

Un fragment religieux important

34% des thématiques déployées dans le fonds sont d'ordre religieux, cet important pourcentage s'explique en partie par la précédente politique d'acquisition de la BU Lettres vis à vis des livres religieux.

Par rapport au contexte religieux (redécouverte des textes bibliques, Réforme, Contre-Réforme...) on peut noter la faible quantité d'écrits réformés (un seul écrit de Jean Calvin, aucun de Luther par exemple) alors qu'il s'agit d'un mouvement marqué dans l'imprimerie de l'époque (la Bible de Luther a été éditée à 4 000 exemplaires : trois fois plus que les tirages habituels de l'époque), mais aussi le grand nombre de textes de Saints de l'Église primitive, autrement appelés « Pères de l'Église » : ainsi on retrouve des textes de Jean Cassien, Cyrille d'Alexandrie, Augustin d'Hippone, Théodoret de Cyr, Grégoire de Nazianze, Épiphane de Salamine, Hilaire de Poitiers, Grégoire le Grand, Jean Chrysostome... Ces publications sont caractéristiques d'une volonté de reconquête de la part de l'Église catholique, on publie les Pères de l'Église et les auteurs du Moyen-Âge pour rappeler la tradition en réaction à la Réforme.

Des éléments isolés d'intérêt

Les autres thématiques sont faibles en quantité et semblent être avant tout constituées d'éléments isolés. Cependant si on y regarde de plus près, des livres peuvent être d'un intérêt tout particulier.

On peut ici prendre comme exemple la série W (beaux-arts) et ses 3 livres ayant pour sujet des objets antiques, en effet de l'intérêt pour les objets de l'Antiquité, et notamment pour les monuments de Rome, découle notre conscience patrimoniale actuelle ; nous sommes alors aux débuts d'un mouvement qui va évoluer et prendre de l'ampleur jusqu'à nos jours : de la curiosité esthétique à la préservation ; on retiendra alors tout particulièrement Les recherches curieuses d'antiquité de Jacob Spon, grand érudit protestant féru d'antiquité.

On peut également mentionner le livre de Plotin, fondateur du néoplatonisme au IIIe siècle, dans la section philosophie, ou encore les dictionnaires d'Ambrogio Calepino, augustin italien du XVe : son « calepin » ayant connu un succès immense en Europe.

Notes

  1. Consulter le plus vieil incunable des Collections de l'Époque moderne.
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